Alice Baylac

    Les angles des toits font aux ciels des rebords. Une ombre me supprime un quart de tête. Depuis longtemps que je ne vais plus au bois, l'été enfante des rois en son ennui.

    Ma grand mère veille sur sa toile cirée. Elle a commencé très jeune à boire du café. J'imagine une enfant très blanche et très blonde devant un bol de café très noir.

    La nuit dernière je me suis réveillée dans le très matin, mal mise dans le lit, face un mur avec lequel je n'ai pas pris mes habitudes - la nuit déplace ses meubles.

    Il y a dans ma chambre un puzzle encadré du King Elvis - il chante dans son costume blanc, une couronne de fleur rouge passée autour du cou.

    Dans le jardin - un magnolia, deux glycines, le drone de l'albizia. Dans les talus - des gerbes d'étourneaux, de huppes et de tourterelles turques ; de jeunes acacias

    Deux silos jaunes si pâles à l'entrée du village et sur la 124, la dépouille raide d'un blaireau ; des hirondelles pincées sur les lignes hautes tensions ;

    des ciels qui font marche arrière.

    Il y a sur une plage vermeille, une fille que j'ai aimé et qui lève son verre - son rire - ces choses qui se perdent, pas moins bêtement qu'un trousseau de clefs.

    L'enfance doit se loger quelque part dans les jambes ; j'ai du foin et des herbes folles dedans les miennes et de la barbe de maïs.

    Parfois je pense à une fille avec l'imagerie de mon désir et j'ai un sentiment gourmand en bas du ventre ; son nom de famille pourrait être celui d'un oiseau - tonique et chantant.

 

    Elle m'appelle Jeanne. Elle viendra me voir à son retour de Provence. Tout ce qui m'est promis me grise souverainement. Je me trouve à sourire dans mon silence.

    Une mouche meurt que je ne vois pas et fait le bruit d'une ampoule qui grille. On m'a dit - il ne fait pas bon vieillir Alice. Je suis prête à pleurer pour un seul vers de Neruda, Vallejo ou Miron

    Respirer une fois encore et je crois que tout le ciel va me rentrer dans la bouche. Les arbres sont si haut, on ne voit pas finir les terres - je cendre sur les althéas.

    Ma veine basilique saille - celle des aiguilles et de l'effort. Les veines comme les rues ont des noms et le regard y débouche tout pareil.

    Sur d'autres corps autrement veinés, du lierre grimpe, du lierre grimpe et je me demande encore : où vont-ils ces oiseaux qui volent par deux ?

 

 

 

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ISSN : 2425-5947    

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