Une fois de plus ce soir quand elle rentre, le vieux a la larme à l’œil, rien qu’à la voir passer la porte déjà ses yeux dégoulinent, il susurre sa fierté d’avoir une fille comme elle, bientôt dix-neuf ans et pas un mot à dire, une merveille. Ce soir rien qu’à le voir comme ça à suinter ses perpétuelles foutaises, sa glotte s’enraye, dix-neuf ans de trop et pas un mot pour le dire, un connard. Déjà autour de son berceau il bavait qu’elle était la plus belle. Il répétait que personne ne lui arrivait à la cheville, et de pire en pire avec le temps, plus personne nulle part, parce qu’une famille se suffit à elle-même. Et toujours les yeux trempés à chacune de ses apparitions, avec la vieille derrière en renfort, le mouchoir à la main, prêt à l’essorage, quatre pupilles ruisselantes sur son passage. Sauf qu’elle a l’allure d’une baleine, la tête d’une morue, le tatouage raté, et pas l’ombre d’un garçon pour la sortir de là.

 

 Extrait de
Se Taire ou pas  d’Isabelle Flaten à paraître
aux Éditions
Le Réalgar
en septembre 2015
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ISSN : 2425-5947    

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