L'établi

Adeline Miermont-Giustinati

A propos de Sumballein, éditions Tarmac


 

 Nous avons écrit ensemble. Nous étions deux. Au moins. Nous avons jeté nos oripeaux, nos vieilles carcasses, et celles pas encore nées. C'est nous que nous avons jetés. Nous-mêmes. Nous nous sommes jetés. À corps perdus. Dans le tunnel. Dans le passage. Dans la forêt. Dans la nuit. Dans le rêve et dans notre propre corps. Notre corps était le tunnel. Pas que le mien. Pas seulement.

Tout ça est une histoire de passage. Et de transformation. Pas de transformation sans passage. Passage à vide ? Essentiellement. Et avant tout. Pas de transformation sans passage et sans vide. C'est de tout ça dont je voulais parler au départ : le tunnel, le passage, le vide, la transformation... Puis c'est arrivé. Tout ça est arrivé. On a vécu  tout ça et on a écrit tout ça. Ensemble. Sumballein. On s'est jetés. Avec beaucoup de cris et de violences. Parfois. À part ça c'était le vide. La germination des possibles. Ah oui je voulais parler de ça aussi : le zéro. Tout un programme ! Ne pas l'oublier surtout. Et marcher. Pour faire avancer la machine. Marcher ça décoince les idées, et l'écriture. Parce qu'au bout d'un moment, mariner dans sa bulle... Même si c'est le sujet... La bulle, le zéro, là où tout s'arrête, où tout commence, où il n'y a rien, où il y a tout. Où, pour citer Mireille Havet « le monde vous tire par le milieu du ventre ». Et la boucle est bouclée.

Sumballein. Ensemble. Tout se ressemble. S'assemble. Et se rassemble. Histoire de lien et d'unité. Réunir. Lier. Lui, moi, les mots, le monde. Au départ il n'y a rien. Le vide, zéro. Je viens de le dire, non ? Trois lignes plus haut. C'est important. En fait il n'y avait pas rien. Il y avait tout. Déjà. Il a fallu casser, détruire, balayer. Pour construire du neuf. Il faut mourir pour naître. Il a fallu faire de la place, créer un espace, en marge, puis au milieu. Ça a grandi. On a grandi. Les mots aussi. Tout a commencé par une fissure, une faille, un néant. Quelque chose s'est effondré. Un vide s'est créé. Un blanc. Ou une nuit noire. Un lieu clos. Et infini. On s'est engouffrés. On s'est lovés. On a traversé la béance. On s'est transformés, créés, recréés. Nous sommes nés. Nous sommes passés. Lui, moi, les mots, le monde.



ZERO : vient de l'italien zefiro, dérivé de l'arabe sifr qui veut dire « grain ». En indien : « sunya » (vide, espace vacant). Chez les grecs, est Un ce qui existe. Chez les mayas, le zéro peut prendre la forme d'un coquillage. La mécanique quantique associe le zéro à l'infini. Le vide quantique est un vide plein, un réservoir d'énergie potentielle. Il est possible de faire naître des électrons du néant. L'univers est né d'un océan infini d'énergie, qui a l'apparence du néant. « Le vide n'est pas vide. Le vide est le siège de manifestations physiques des plus violentes. » John Wheeler, physicien. Le vide, l'état latent de la matière, est à l'origine de tout ce qui existe. La matière est la manifestation, la réalisation du vide. Symbole de la prima materia. De l'unité qui ramène à l'unité.


SUMBALLEIN : transcription française du grec ancien Σύμβα λλειν que l'on peut traduire par « jeter ensemble », « mettre ensemble », « assembler » , « réunir ».  Dans l'Antiquité, deux personnes qui passaient un contrat cassaient un morceau de poterie. Chacun gardait un bout. Quand les contractants se revoyaient, ils lançaient leurs fragments de tessère respectifs (les sumbola) afin de se reconnaître. Terme à l'origine du mot symbole.


 

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ISSN : 2425-5947    

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